La plus sénégalaise des marocaines, Nawal El Moutawakel est une figure emblématique de l’athlétisme africain qui souhaite voir les femmes à l’œuvre dans toutes les sphères sportives. La vice présidente du Cio fait preuve d’un engagement sans faille pour que plus de championnes olympique comme elle, intègre les instances de décisions. Un combat de tout instant plein d’amour et de passion.

 

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En entrant dans l’histoire en 1984 comme la première femme arabe, africaine et musulmane à remporter une médaille d'or aux JO, la  marocaine Nawal El Moutawakel était loin de se douter qu’elle allait s’imposer au cœur des instances de décision du CIO. La spécialiste du 400m haies, Vice Président du Comité International Olympique (CIO) depuis 2012, n’a pourtant pas eu de passe droit pour se hisser à ce niveau.  Pour accéder au comité exécutif de la fédération internationale d’athlétisme (IAAF) en 1995, Nawal doit décrocher près de 500 signatures auprès des représentants de l’instance. «Ils m’ont tous demandé : Vous étiez athlète et vous voulez devenir dirigeante ? Ils m’ont ri au nez. J’ai du présenté mon CV à environs 500 personnes pour obtenir leur voix», relate-t-elle aux membres de la commission féminine du Comité National Olympique et Sportif Sénégalais (CNOSS). C’est donc grâce à son abnégation qu’elle a balisé la route pour se hisser au sommet.

Faisant partie des pionnières du sport africain, Nawal a choisi comme principal champ de bataille l’amélioration de la condition des femmes dans le sport. C’est sans surprise que lors de sa venue à Dakar en Avril dernier pour la réunion du Conseil de l’Iaaf, elle se propose d’animer une conférence sur le thème : «femme et olympisme». Lorsqu’elle parle des sportives ses yeux pétillent. Elle capte l’attention de son auditoire et se lance avec passion dans un plaidoyer pour voir les dames envahir les sphères des décisions. Son être entier brûle et n’a qu’une obsession : communiquer la flamme. Pas celle de l’olympe mais, celle du combat. Le combat pour vivre ses rêves, pour oser faire le choix de relever le défi. «A une étape importante de mon parcours sportif j’avais la possibilité de décider de me consacrer à mes enfants et ma famille. J’ai dit non, j’ai choisi de militer autrement en restant dans le monde du sport afin de montrer que la femme africaine à tellement de choses à donner», explique Nawal.

 

«La passion vous pousse à faire des folies»

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Au vu de son parcours, l’histoire lui donne raison puisqu’après le comité exécutif de l’Iaaf en 1995, elle devient membre du Cio en 1998 puis ministre des Sports du Maroc en 2007. Ce dernier poste est le seul où elle a bénéficié d’une rémunération. Pour  briser les barrières, obtenir un changement sur la place des femmes dans le sport, «le dialogue est la meilleure thérapie.  J’ai été bénévole toute ma vie sauf en tant que ministre des sports», confie-t-elle.

La dame adore conter les exploits des sportives et sa motivation se décuple lorsque les résultats suivent. Présidente de la  commission de coordination  des JO de Londres 2012, Nawal a le mérite d’avoir contribué à l’organisation des jeux les plus féminisés. Si les femmes ont décroché 430 médailles, la vice présidente du Cio en redemande. Elle espère bien voir plus des femmes et plus de médaillées à Rio 2016 dont elle préside à nouveau la coordination. Ces petites victoires font son bonheur.

Avec son agenda de chef de d’Etat, il est conseillé de ne pas la lâcher une fois qu’on l’a sous la main. Nawal est une femme hyper engagée et hyper sollicitée. Toujours entre deux réunions aux quatre coins du monde. Son 52e anniversaire c’est à Dakar qu’elle a dû le célébrer le 15 avril dernier en pleine réunion du Conseil de l’Iaaf. Sous les coups de 20h, le portable désactivé durant le conclave est enfin remis en marche pour recevoir les vœux de la famille depuis le Maroc. Le sourire aux lèvres, elle communie avec ses proches promettant d’être là très tôt le matin pour rattraper le coup. Au quotidien, elle joue à l’équilibriste pour consolider passion et vie familiale. Dans un coin de sa tête, elle garde ces mots qu’elle aime bien rappeler à celles qui tardent encore à s’engager : «Il faut réaliser vos rêves. La passion vous pousse à faire des folies».

Son engagement se traduit aussi par l’organisation chaque année de la Course des Femmes à Casablanca avec l’association marocaine Sport et Développement  qu’elle préside depuis 2002.

 

Son histoire avec le Sénégal

Nawal c’est aussi une «boy Dakar». Son adolescence (14-15 ans) se passe en terre sénégalaise et c’est sur la piste du stade Léopold Sédar Senghor qu’elle fera ses premières foulées qui la conduiront au sacre olympique de 1984 à Los Angeles. Elle fait partie de la famille de l’athlétisme sénégalais et à même été décorée pour une seconde fois par le président Macky Sall lors de son dernier passage. Elle a été élevée au grade de commandeur de l’ordre national du Lion,  après celui de chevalier de l’ordre national du Lion sous la présidence d’Abou Diouf en 1998. «L’histoire qui me lie personnellement au Sénégal est très forte, elle remonte aux années 1970.  J’ai depuis un attachement très particulier avec mon second pays qui m’a vu courir  sur cette terre bénie et qui m’a ouvert la voie vers d’autres horizons arrivant ainsi au sommet de l’olympe», confie -t-elle.

Elle voue une admiration particulière pour Lamine Diack qui «depuis sa présence à la tête de l’Iaaf a ouvert les portes aux femmes». Le patron de l’athlétisme mondial voit d’ailleurs en elle, son potentiel successeur. Notre interlocutrice préfère murir la réflexion d’ici 2015, année des élections.

Titulaire d'une maîtrise de sciences option éducation physique obtenue à l'université de l'Iowa aux États-Unis, Nawal précise que «rien n’est impossible». Elle fait déjà partie des 50 personnalités africaines les plus influentes du monde selon le classement du Magazine Jeune Afrique d’Avril 2014. Un classement qui ne prend pas en compte les hommes et femmes politiques.

 Gaelle YOMI