Les belles surprises du métier de journaliste ! Lorsque la réalisation d’un compte rendu offre l’opportunité de faire une interview avec le «boss» de l’athlétisme africain… on ne boude pas son plaisir. C’est la petite histoire de cet entretien avec le colonel Hamad Kalkaba Malboum. En effet, la conférence de presse de ce dernier, initialement prévu le dimanche 19 janvier avait été ramené au samedi et ça je m’en suis rendu compte qu’une fois sur les lieux, le dimanche. La bonne nouvelle est que le président de la Confédération africaine d’athlétisme (CAA) a bien voulu nous accorder une interview. Au menu : Ambitions pour 2014, bilan des 40 ans de la CAA, exode des athlètes, etc.

Propos recueillis par Gaelle YOMI et Estelle Belinga

 

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Président, vous avez tenu ce samedi 18 janvier à Dakar, une réunion du bureau exécutif de la Confédération africaine d’athlétisme (CAA). Quelles sont les principales résolutions qui ont été prises ?

Notre réunion du bureau exécutif qui se tient en début d’année 2014  avait pour objet d’examiner l’année 2013. Une année qui s’est avérée satisfaisante en termes de résultats pour l’athlétisme africain. Par la suite, nous avons voulu jeter les bases de la nouvelle année 2014. Dans ce cadre, nous avons passé en revu le calendrier de la saison avec les évènements majeurs.

Il s’agit notamment de la 3e édition des championnats d’Afrique de Cross country  prévus à Kampala en Ouganda, le 16 mars prochain, nous avons plus tard les jeux africains de la jeunesse qui sont qualificatifs aux jeux olympiques de la jeunesse d’Août en Chine. Du 10 au 14 août nous aurons la 19e édition des championnats d’Afrique sénior  au Maroc. Cette compétition à la particularité de permettre la sélection pour l’équipe qui représentera l’Afrique à la Coupe Intercontinentale.

Le rendez-vous est toujours prévu à Marrakech en septembre. A cette occasion nous allons tenir une réunion du conseil de la confédération, une assemblée générale de la confédération  et une soirée de gala pour célébrer les 40 ans de la confédération.  Pour se projeter dans l’avenir nous avons également adopté un plan stratégique et un plan marketing pour nous permettre d’augmenter nos ressources  en restant sur le continent afin de faire participer nos meilleurs athlètes aux championnats d’Afrique.

Au niveau pratique, nous allons commencer à négocier avec les fédérations les plus importantes qui ont des champions olympiques et du monde. Nous allons également échanger avec ces champions  pour leur faire comprendre la nécessité pour l’Afrique de se prendre en charge. Il faudrait aussi que les africains sachent qu’en sport ce n’est pas tellement l’argent qui compte, c’est la performance, l’honneur et la gloire qui sont recherchés. Dans ce cadre l’athlétisme ne peut pas se plaindre.

Ces athlètes offrent beaucoup de visibilité au continent, ils méritent le soutien des gouvernements et des entreprises qui s’installent sur le continent. Nous avons également mis en place un programme de développement qui consiste à préparer les jeunes tôt. Chaque fédération doit avoir un programme d’identification des talents, de formation des talents, de participation aux compétitions nationales et aux compétitions internationales.

Les meilleures d’entre eux pourront aller dans des centres de jeunes, il y en a déjà 3  qui existent : au Nigeria à Port Harcourt, un centre à Lomé au Togo et un autre à Lusaka en Zambie. Ces centres doivent former des jeunes qu’on prend entre 16 et 19 ans. Ensuite ils pourront venir vers le centre de hautes performances  à Dakar, au Kenya et en Ile Maurice. Nous allons soumettre ça à la validation au conseil au mois d’août au Maroc.

 

En ce qui concerne les centres de perfectionnements comme celui de Dakar on se rend compte qu’après un ou deux ans passés dans ce cadre, les athlètes africains préfèrent s’installer en Europe. Est-ce un handicap pour l’athlétisme continental ?

Je dirai non, car nous sommes dans un monde global. Il faut toujours aller où on peut mieux apprendre. Les japonais pour dominer le marché de l’automobile ont dû aller apprendre en Europe. Selon moi, le problème ne se pose pas à ce niveau.  Ce que nous pensons c’est de donner aux athlètes parce qu’ils sont talentueux, un environnement de vie qui tient compte de ce qu’ils apportent à leur pays en terme de fierté.  Nous avons signé une convention dans ce sens avec l’Union Africaine en 2013. La plupart des sportifs africains à la fin de leur carrière sont abandonnés à eux même. Il faut que les Etats qui ont le pouvoir de mettre en place des infrastructures et les réglementations qui régissent la vie sociale des citoyens, tiennent compte du statut des athlètes. Ainsi on pourra limiter l’exode de nos athlètes. Nous sommes dans cette mouvance puisque nous avons signé une convention avec l’Ua. Dans cette optique, avec la conférence des ministres de sports et des ministres de l’éducation nous allons pourvoir mettre l’athlétisme à l’école pour faire changer la donne.

Vous parliez tout à l’heure  de la volonté de faire participer les champions du continent aux championnats d’Afrique. Qu’est ce qui les empêche de venir ?

Il y a plusieurs facteurs. Premier facteur : les infrastructures où se déroulent les compétitions ne sont pas toujours de standard mondial. Deuxième facteur : l’organisation que nous offrons n’est pas de qualité à être respecté par ces champions  puisqu’ils sont sollicités dans toutes les manifestations mondiales. Il y a enfin le manque de prise en compte pour leur vie après la compétition qui les amène à privilégier les compétitions où ils gagnent le plus d’argent.

Ils sont aussi sous la coupe de leurs agents qui sont des européens, qui les dirige vers les manifestations qui se tiennent en Europe dans lesquelles ils ont un peu de gains. Des gains qui se répercutent sur l’agent lui même. Donc ils ne peuvent pas privilégier une compétition comme les championnats d’Afrique qui se tiennent gratuitement. Nous avons étudié ces facteurs et nous allons engager un dialogue avec ces athlètes pour essayer de trouver la solution la mieux adapter.

Déjà durant notre réunion nous avons décidé de faire en sorte que les championnats d’Afrique soit un critère qualificatif pour les championnats du monde et les jeux olympiques. C’est une contrainte morale que nous avons ajouté mais il faut aussi accompagner le processus.

A mon arrivée j’ai donné une autre impulsion

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2014 marques, le 40 e anniversaire de la confédération africaine d’athlétisme. Quelles ont été les principales réalisations et quel bilan faites-vous de votre magistère ?

La confédération a 40 ans, monsieur Lamine Diack l’a dirigé pendant 30 ans. J’y suis depuis 10 ans. Il y a eu plusieurs étapes : celle de la naissance de la confédération, celle de la mise en place des structures de gestion pour l’athlétisme africain. A l’époque aussi, il y avait des défis majeurs. Lamine Diack est arrivé lorsque l’Afrique du Sud était exclu des compétitions internationales, alors que le pays avait de grands athlètes. D’autres parts, l’Afrique avec 50 pays membres n’avait qu’une seule voix à la fédération internationale alors que l’Europe avait plus d’une vingtaine de voix. Nos aînés ont dû se battre pour faire adopter le principe : un pays -une voix.  Puis  il fallait organiser les compétitions sur le continent. Les autorités étaient motivés à organiser les compétitions de football mais pas pour l’athlétisme.

Ce n’était pas facile de créer les évènements pour finalement arriver au stade d’aujourd’hui où nous avons tous les 2 ans un championnat d’Afrique Sénior, Junior, cadet et un championnat d’Afrique de cross country avec les meetings internationaux qui se tiennent en Afrique. Toute cette évolution n’a pas été aisée.

J’ai privilégié les ressources humaines en prenant les plus qualifiés pour s’occuper de la gestion des évènements de l’athlétisme. Avec aussi la perspective d’implanter la culture de l’athlétisme sur le continent. C’est pour cela que nous avons  adopté une stratégie qui nous a menée en 2004 au Congo Brazzaville, en 2006 en île Maurice en 2008 à Addis-Abeba en Ethiopie quand on sait que c’est un grand pays d’athlétisme.

Ce fût un grand succès et  nous avions célébrer les champions olympiques africains de 1960 à 2008 pour les mettre au panthéon de la gloire du sport. Ensuite c’est Nairobi qui a abrité en 2010. A présent l’évènement est connu il faut le restructurer en intégrant les exigences que demande une grande compétition.

Les championnats d’Afrique doivent être attendus par la communauté sportive internationale, par les médias internationaux, par les athlètes, c’est ça que nous sommes en train de mettre en place à partir du Maroc. Après le Maroc nous comptons aller en Afrique du Sud en 2016 puis au Nigeria en 2018 et probablement en Algérie en 2020.

Les quatre évènements organisés dans ces pays qui ont un tissu économique important va permettre de servir de moteur au développement de l’athlétisme au niveau du continent. Puisqu’à l’image des jeux olympiques ce n’est pas n’importe quel pays qui a la capacité d’accueillir les championnats d’Afrique d’athlétisme. Nous voulons aussi que les grands pays en Afrique accueillent cette compétition.

Votre mot de fin?

Je voudrais souhaiter une bonne année à tous ceux qui s’intéressent à l’athlétisme à commencer par les athlètes, leurs entraîneurs, les dirigeants, les journalistes et à tous le peuple africain qui attend d’être fier de ses athlètes.