A une semaine du Tournoi de Paris Bercy (du 1er au 2 décembre 2012) , la double championne d’Afrique Bineta Diédhiou et le capitaine des « Lions », Balla Dièye, courent derrière une subvention pour rallier la France. Une mission commando à la trame insolite.   (Publié dans Tout Le Sport, TLS)

binta diedhouballa

Deux semaines après leur parcours réussi aux championnats d’Afrique de Taekwondo, Bineta Diédhiou (médaillée d’Or) et Balla Dièye (médaillé d’Argent) vivent un véritable calvaire. Les deux champions sénégalais sont contraints de ranger kimono et plastron dans les placards pour se transformer eux-mêmes en agent commerciaux afin de participer au tournoi international de Paris, du 1er  au 2 décembre 2012. La compétition ne pouvant être pris en charge par le ministère des Sports, les combattants ont délaissé les tatamis pour aller à la quête de la subvention estimée à 1million 965.000 F Cfa pour couvrir leurs frais parisiens (billets d’avion, hébergement, restauration). «Depuis une semaine, nos séances d’entraînement se résume à faire des papiers, des démarches administratives en compagnie du secrétaire général de la fédération, Ababacar Fall, renseigne Balla Dièye. Nous tapons à toutes les portes.»

Chaque matin, Balla se lève à 6h. Il fait son jogging, effectue sa prière et récupère sa partenaire, Bineta Diédhiou, dès 8h. Dans cette aventure, il faut être «bien habillé pour faire le tour des institutions, note le garçon. Notre argent de poche, on l’injecte dans les taxis, l’impression des lettres, les coups de fils. On se charge aussi des demandes de visas au niveau de l’Ambassade de France». Pour l’heure, les kilomètres avalés n’ont abouti qu’à quelques promesses. Pourtant, pour ces deux champions, ce n’est pas faute d’avoir toqué aux bonnes portes. Ils ont déposés des lettres au Cnoss, à la Mairie de Dakar et à la Présidence de la République. «Pour le moment, on n’a que des promesses, glisse encore Balla Dièye, et au niveau administratif, il faut attendre.» 

«Team pro Performance»

 

 

Cette situation des plus insolites a malheureusement une influence négative sur le plan sportif. Entre autres désagréments, des coups de fatigue comme ce fut le cas pour Bineta Diédhiou, victime de violents maux de tête mercredi dernier.  Elle dit : «Le plus drôle, c’est que les gens nous voient en route et nous félicite en disant : «Vous honorez le Sénégal !». Du baume au cœur même si Bineta et Balla ont l’impression de s’entraîner «tant bien que mal sans être sûr de voyager». Leur parrain, El Hadj Amadou Dia Bâ, avait notamment mis à leur disposition un préparateur physique, Cheick Niang, avant les championnats d’Afrique.

Pour contourner cet obstacle, Bineta Diédhiou et Balla Dièye ont décidé de mettre sur pied leur «Team Pro Performance» et de confectionner des cartes de soutien. «Depuis que le taekwondo est taekwondo, on puise dans nos propres poches pour financer nos compétitions de classe A, raconte Balla Dièye. Pour rattraper le coup, Bineta doit vraiment prendre part au tournoi de Paris.» Les Taekwondoïstes, qui n’ont toujours pas été reçu par le ministre des Sports, restent pourtant déterminés à ramener d’autres trophées. Les difficultés ne les font pas reculer. Alors, pourquoi toute cette ténacité ? «Nous tenons à prendre part à ce tournoi car nous avons mis sur pied un «Team pro performance» afin d’avoir des soutiens et réaliser de grosses performances qui nous permettront de pouvoir prétendre à des places aux JO de Rio 2016, avance Bineta Diédhiou. Avec le nouveau règlement, il faut nécessairement prendre part aux tournois de classe A comme celui de Paris.» Elle ajoute : «Aux mondiaux, on gagne 50 points, c’est l’une des plus grosses compétitions par équipe.»

 

 

Encadré : Une Fédération impuissante

Au préalable, la Fédération sénégalaise de Taekwondo avait inscrite toute l’équipe nationale au prochain tournoi de Paris. Faute de budget, et ce malgré les efforts du président de l’instance fédérale, Moubarack Lô, il a été décidé finalement de faire l’impasse sur la compétition. La Fédération a donc mis une croix sur cette épreuve parisienne au même titre que la Coupe du monde féminine prévue du 23 au 25 novembre 2012. Heureusement que Bineta Diédhiou et Balla Dièye ont pris les devants pour financer eux-mêmes leur participation.