Au temple du savoir de l’université américaine de Princeton, les footballeuses ne sont pas des laissées pour compte. Les demoiselles aux crampons courent après les titres mais aussi derrière des doctorats en médecine et des diplômes d’ingénieur.

 

Diane Metcalf (en premier plan) prête pour une démo

Gaëlle YOMI (A Princeton, New Jersey)

 

Elles ont entre 18 et 24 ans et font partie de la très sélective université de Princeton aux Etats-Unis. Réputée pour la formation des étudiants d’élite au même titre qu’Harvard et Yale, Princeton n’échappe pourtant pas à l’emprise du sport universitaire au pays d’Obama. Parmi la pléthore de disciplines engagées en Ivy League, qui est l'une des ligues de NCAA (National Collegiate Athletic Association,  division première des compétitions universitaires), l’équipe féminine de football est une digne ambassadrice de l’établissement. La formation dirigée depuis 18 ans par Julie Shackford a remporté 6 fois la Ivy league dont la dernière en 2012. Ses protégées sont allées 8 fois au tournoi final NCAA en atteignant le dernier carré en 2004. Une performance qui a vu Julie (coach de l’équipe) désignée meilleure entraîneur de NCAA en football féminin. Ainsi plusieurs joueuses internationales américaines, espoirs sont passées sous sa houlette. Tout comme la canadienne Diane Matheson qui a offert la médaille de bronze à son pays lors des derniers Jeux Olympiques de Londres en inscrivant l’unique but de la partie contre la France. La nouvelle génération a de qui tenir. La motivation ne semble déjà pas manquer à ces jeunes filles rencontrées le jeudi 14 février 2013. En préparation de la saison qui démarre au mois d’août, la bande à la capitaine Gabriella Guzman se concentre sur le travail en salle, hiver oblige. L’Etat du New Jersey  est déjà frappé par les flocons de neige. L’effectif de 28 joueuses va se taper une heure  (16h à 17h) d’exercices physiques en salle de musculation. Contrairement à plusieurs universités où les prouesses sportives permettent de décrocher des bourses d’études, Princeton  n’applique pas cette règle. Alors,  il faut avoir un bon bagage intellectuel pour être admis dans l’établissement qui a notamment formé le président Wilson Woodrow  et Michelle Obama. Les footballeuses suivent des formations en anthropologie, sociologie, biologie et ingénierie.  

 

Au rythme des tubes U.S, distillés dans la salle, la gardienne Cece Dicaprio soulève les poids de barre de musculation avec une facilité déconcertante. Sur son mètre 70, la fille aux cheveux afros aspire à devenir médecin. Pour elle,  le football est d’abord  une source d’épanouissement et la route pour  la sélection peut s’avérer plus complexe que sept ans  de formation . Sa partenaire Melissa Downey qui maîtrise quelques mots de la langue de Molière  n’exclut pas une carrière au sein de Team U.s.a. Toutefois, elle reste très réaliste. « C’est ma deuxième année et je suis une formation en biologie. Si l’opportunité se présente j’aimerai bien jouer en équipe nationale. Mais il y a tellement de joueuses dans le pays qu’il n’est pas facile de le faire », affirme d’une douce voix  la petite blonde dans son tee-shirt blanc et son short noir.

 

Leadership

IMG_1712Diane Metcalf vous regarde

 

Dans la salle, la capitaine Gabriella Guzman dit « Gaby » est un vrai leader. Débordante d’énergie, cheveux bruns bouclés arrêtés en chignon, elle est d’attaque entre deux exercices pour prendre le pool du groupe et motiver ses partenaires. Elle fait preuve d’une capacité de rétention des systèmes  qui fait qu’à chaque fois que le coach demande : « Vous vous souvenez de l’enchaînement de la dernière fois » ? Gaby répond par l’affirmative et dirige direct  la troupe. Avec sa complice Diane Metcalf qui évolue en défense, elles font partie des doyennes du groupe. Quand l’attaquante Lauren Lazo, 19 ans, qui débute en sociologie veut savoir avec plus de précision ce que Diane suit comme formation. Cette dernière de 4 ans son aînée,  lui répond avec humour : « J’étudie les comportements humains. C’est mieux que de dire psychologie». En plus de l’humour, Diane Metcalf  pourrait très bien faire office de coach. Elle adore  faire les pompes et  les abdos qu’elle exécute  avec précision à une vitesse grand V. Une fois qu’elle a terminé, elle trouve les ressources pour pousser ses partenaires encore à la traîne avec  des « come on », telle  une Serena Williams sur un court de tennis. La blonde aux yeux marrons et aux cheveux bouclés est aussi fan de R&B U.S. Comme ses copines d’ailleurs. Chris Brown est le chouchou de ces dernières suivit de Beyoncé et Jay-z.  

 

Admiratives du Sénégal

 

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Ayant découvert le football féminin sénégalais la veille, lors de la projection  au campus du film  documentaire Ladies’ turn, qui relate le défi de l’organisation d’un tournoi  au cœur des quartiers du Sénégal, Gaby et cie ont été séduites par la combativité des footballeuses au pays de la Teranga. «Je constate que nous avons la chance avec mes partenaires de bénéficier de bonnes infrastructures pour jouer au foot. Je tiens à féliciter et encourager les filles qui aiment le football au Sénégal. Elles nous ont vraiment impressionnées. Seyni  (SeyniNdir Seck, ex capitaine des Lionnes, protagoniste dans le film, ndlr) est vraiment incroyable», témoignage Gaby.   

Ce jeudi 14 février, à la fin de la séance d’entraînement sous les coups de 17h en moins de 5 min,  les filles vident les lieux. « Elles sont pressées d’aller dîner », avance Diane.  Eh oui, c’est aussi la Saint Valentin !

 

 

Julie Shackford , Coach : «Il y a seulement 30% de femmes  entraîneurs»

 

Coach JulieGaëlle Yomi (à gauche) avec coach Julie

Nous avons deux séances d’entraînements par jour. Le contenu varie en fonction de la période.  L’avantage à Princeton est que, peu importe la filière, il  n'y a pas de cours programmés aux heures d’entraînement de l’après midi. Ainsi chaque joueuse peut vraiment choisir son programme sans contrainte sportive. Cette année l’objectif est d’aller le plus loin possible afin de remporter le trophée NCAA. Nous utilisons beaucoup la vidéo pour étudier le jeu des adversaires mais aussi rectifier nos erreurs. Le poste d’entraîneur des équipes féminines est encore assuré par 70% d’hommes aux U.S.A. C’est un métier très prenant pour les femmes. C’est un style de vie compliqué qui nécessite beaucoup de déplacements. Il faut donc beaucoup d’organisation pour s’en sortir. J’ai eu la chance de passer entre les mains des meilleurs coachs durant mes formations après avoir été joueuse universitaire à William et Mary en Virginie. J’ai pu bien remplir mes obligations de coach jusqu’à présent. Ma fille de 7 ans fait partie de nos fans inconditionnels. A présent, ce serait un plaisir pour nous de venir au Sénégal. Nous avons  eu un avant goût de ce qui s’y fait en matière de football féminin. La promotion de notre sport au Sénégal serait un honneur.