La place de l’Obélisque est le rendez-vous, la nuit tombée, de sportifs en tout genre. Du lutteur à l’équipe de football du coin. Tout le Sport s’est invité sur les lieux. Reportage.  

40090513place de l'obélisque en journée 

 

Gaëlle YOMI

Ce lundi 28 janvier 2013, le froid qui souffle sur Dakar n’empêche pas les amoureux du sport de s’époumoner sur la place de l’Obélisque de Dakar. Malgré l’heure avancée (21h), ils sont nombreux à faire des exercices physiques sur le terrain sablonneux. En solitaire ou par petits groupes, ces sportifs suent sous le regard attentif des curieux assis à l’arrêt bus situé aux abords du terrain.  «Garga 2», lutteur de son état, et ses deux partenaires, des lutteurs en herbe, sont concentrés eux à multiplier les pompes. Son torse bombé dans un tee-shirt longue manche noir que ses biceps ont du mal à remplir, prouve que «Garga 2» est encore loin d’avoir l’allure de Balla Gaye 2, son lutteur préféré. Les yeux rouges, avoisinant le mètre 60 avec une cicatrise sur la joue gauche,  «Garga 2» aspire à suivre les pas du nouveau Roi des arènes. Il décolle sa grosse paire d’écouteur blanche de ses oreilles pour donner ses motivations. «Je fais partie de l’écurie Fass Benno. Comme je suis vendeur ambulant, les jours où je ne peux pas m’entraîner avec l’écurie, je viens ici, explique le jeune homme de 20 ans. Je pratique la lutte simple depuis 2011. Mon but est de décrocher une licence pour la lutte avec frappe afin de devenir un grand lutteur». En attendant, le trio assimile déjà bien la règle qui veut que les lutteurs utilisent exclusivement leur surnom dans l’arène. Il faudra donc repasser pour savoir qui se cache derrière «Garga2». Peut-être dans quelques années au lendemain d’une prestigieuse victoire dans l’arène !

A quelques mètres des lutteurs, Khadim Bèye boucle son cinquième tour de terrain. Loin de faire son âge avec des mini dreadlocks sur la tête, le bientôt quinquagénaire (49 ans) est un habitué du parcours sportif de la place de l’Obélisque. Depuis son  retour d’Italie, Khadim garde la forme en courant «trois fois par semaine à la place de l’obélisque. Quand je ne suis pas fatigué, je vais à la plage de l’Ifan». Le tout est dit sans que l’immigré n’ait eu besoin de reprendre son souffle. Dans un tee-shirt blanc à manche courte, le froid n’est pas un souci pour ce joggeur en vacances «depuis 9 mois au Sénégal». Ancien joueur de Navétanes, Khadim apprécie la convivialité du coin. «On ne se connait pas vraiment mais dès qu’il y a un ballon, on joue ensemble sans protocole. Sinon, depuis le début de la Coupe d’Afrique des Nations (Can), je dois reconnaître qu’il y a moins d’affluence».

Les «footeux» du dimanche

Sous un faible éclairage, sur la place de l’Obélisque, des jeunes garçons livrent un match de foot avec deux papins en guise de poteau de buts. Ce ne sont pas de simples passionnés du ballon rond mais bien les représentants d’une équipe : l’Asc Monument. Du nom du célèbre édifice qui a donné son nom à cette place connue de Dakar. L’Asc Monument est composée de commerçants du marché Colobane, situé non loin de la place de l’Obélisque. Après avoir rangé leurs marchandises et fermés leurs magasins, ces jeunes se donnent rendez-vous à la place dès 19h30.

Ayant cédé sa place sur le terrain, Pape Malick Diba, la démarche athlétique, un peu de sueur sur le visage, nous explique le fonctionnement du club. «Nous nous entraînons pour être prêt lors des matches amicaux qu’on dispute les dimanches. Parfois, nous organisons aussi des tournois». Arborant fièrement un maillot du Real Madrid floqué du nom d’Ozil (milieu offensif du Real Madrid, Ndlr), Pape indique qu’ils savent adapter leurs horaires d’entraînements aux grands évènements sportifs. «La Can ne perturbe pas nos habitudes. On attend que les matches se terminent avant de bouger. Même quand il y a de grands matches comme le classico en Espagne, à la fin, même s’il fait 22h, on vient s’entraîner. La lumière fait défaut mais les phares des voitures nous aide de temps en temps.»

L’Asc Monument avait également pris l’habitude de profiter de la musique d’un groupe de fitness qui partageait l’espace avec eux. Mais, depuis un mois, ce groupe a du chercher un nouveau terrain, la mairie ayant décidé de mettre des pavés sur toute la zone. La musique manque aux footballeurs qui sont conscients que bientôt ce sera à leur tour de déguerpir. «Les pavés seront installés jusqu’ici. On va se déplacer et dès que la mairie aura terminé d’installer les pavés on pourra revenir», espère Pape Malick Diba.