L’histoire en 10 leçons !

"Miss G" était bien présente sur les lieux ! Rien que pour vous, voici l'article que j'ai rédigé pour Nouvel Horizon Magazine. 

 Après dix ans de disette, les « Lionnes » du football ont enfin  décroché une première qualification à la Can, le samedi 16 juin 2012 au Stade Demba Diop. Zoom en dix points sur cette ascension. 

DSC01081 crédit photo Fabulafricana (http://www.fabulafricana.com/?p=3268)

 

Comme les dix commandements qui occupent une place centrale dans l'ancien testament, c’est en dix étapes que l’équipe nationale féminine de football du Sénégal a décroché sa première qualification à une Can. Une qualification qui a permis  au football féminin sénégalais d’entrer dans l’histoire. C’était samedi dernier au stade Demba Diop face au Maroc. Une mission que les protégées de Bassouaré Dibay ont réussi afin d’avoir le droit de cité parmi les 8 nations devant prendre part aux joutes continentales en Novembre prochain en Guinée-Equatoriale. Le sésame a été décroché après la séance de tirs au but (5-4). Une belle performance pour une équipe nationale qui n’a que dix ans d’existence. Dix ans d’existence en dix leçons…

Surprise

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Sous le feu des projecteurs depuis une semaine, le sélectionneur national Bassouaré Diaby ne cache pourtant pas avoir été surpris par sa nomination en 2004. «J’ai longtemps travaillé mais je ne pensais pas être appelé aussitôt dans le domaine de l’encadrement national», avoue-t-il. Le top départ de l’aventure avait été donné en 2002 avec le duo Abdou Salam Lam (actuel coach de Uso)/ Assane Kara mais sans atteindre les résultats escomptés. 

Chantier

L’émotion de la nomination passée, il (B. Diaby) savait que la tâche n’allait pas être facile.  Mais, il était loin de se douter qu’elle était immense. Sa première sortie face au Nigéria pour les éliminatoires de la Can va vite le réveiller. «J’ai été laminé à Dakar (8-2), je n’en revenais pas. Je savais quand même qu’il y avait une différence entre les équipes, mais je ne pensais pas que l’écart était aussi grand. Surtout que les joueuses cadres du Nigeria n’avaient pas fait le déplacement ».

Acte manqué

Deux ans plus tard (2006), lors d’un tournoi sous-régional, le Sénégal vient à bout du Mali (4-1) et fait match nul avec la Côte d’Ivoire  pour retrouver les Aigles en finale. Ce jour-là, la désillusion sera au rendez-vous. Le Sénégal s’incline par 1 but à zéro et rate un penalty. « Ce fut un tournant car l’équipe commençait à monter en puissance. On pensait avoir fait le plus dur en battant le Mali qui avait déjà  participé à la Can. Ce qui m’a fait le plus mal est que le ministre des Sports  Youssoufa Ndiaye s’était déplacé pour une première fois pour voir le match des «Lionnes» mais nous n’avons pas donné une bonne image », relate le patron de la tanière. 

Souffrance

La suite de l’aventure est un vrai désastre en vue de la qualification à la Can de la même année (2006). Avec 6 mois sans compétition, le Sénégal doit recevoir la Côte d’Ivoire à Dakar. La sélection aura droit à 3 jours de préparation dans des conditions dantesques. Regroupement sous les gradins du stade Léopold Sédar Senghor, etc. La suite est ponctuée par un nul miraculeux à Dakar (1-1) et une défaite au match retour (2-0). Pour le sélectionneur du Sénégal, lors du match aller, sa formation a battu un record dans les annales du foot. « Je n’ai jamais vu une équipe aussi dominée qui n’a pas perdu. C’était la première fois dans l’histoire du football, pas seulement sénégalais mais mondial (rires) ».

Persévérance

Une situation qui avait révolté aussi bien les joueuses que l’entraineur. Ces dernières ne voulaient « même plus jouer » et lui songeait à démissionner. Mais ça aurait été trop facile de le faire dans ces conditions, estime Bassouaré Diaby. C’était donc reparti pour un tour avec le défi de décrocher une qualification à la Can.

Stigmatisation

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Dans cette ascension, le sentiment le mieux partagé par ces footballeuses est sans nul doute la stigmatisation. Généralement taxées de « garçons manqués», avec cette qualification, elles auront un peu de reconnaissance mais subiront aussi une plus grande stigmatisation. Eh oui ! Il faudra plus qu’une participation à la Can pour faire comprendre qu’elles sont des footballeuses et non « des filles qui jouent au foot ». Certains sont déjà dans les remarques du style : «Il n’y a pas vraiment de fille féminine dans cette équipe, elles manquent de féminité, ect». Bref, elles ont des chromosomes « XX » et jusqu’à preuve du contraire, demeureront des filles. Pour ceux à qui  leur goût et style vestimentaires ne conviennent pas, ils n’ont qu’à dire qu’elles sont « des filles manquées » ! Les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Reste à savoir qui sortira vainqueur du formatage esthétique qui se met en route autour de cette sélection.

Sacrifice

Toute épreuve a son lot de sacrifices. Ici, les joueuses sont les principales concernées. L’histoire retiendra le nom des 23 du match retour face au Maroc. Pourtant 45 ont été utilisées durant les deux mois de préparation. Plus de soixante sur les dix années, ont couru derrière cet exploit avec son lot de frustrations car,  tombant toujours au dernier tour sur un ogre comme le Ghana où le Nigéria plusieurs fois championnes d’Afrique. Au nom d’une passion, plusieurs n’ont pas hésité à faire le sacrifice de trop, celui d’arrêter les études. Un handicap plus grave dans le milieu du football féminin en mal d’opportunités. Aujourd’hui, seules les « happy few» jouiront de cette Can, fruit d’un long travail collectif. Il faudra donc valablement représenter toute la famille du football féminin.

Consécration

IMG_6344La capitaine Mamy Ndiaye Portée par un supporter ! 


Le 16 juin 2012 alors que l’Afrique toute entière se rappelle les massacres de Soweto en célébrant la fête de l’enfant africain,  arriva donc le jour de la consécration. Enfin, les «Lionnes» du Sénégal, longtemps qualifiées de « filles de Bassouaré Diaby » allaient devenir les joueuses de la nation. Jamais, le tableau de qualification n’avait été si clément avec le Burundi au premier tour et le Maroc ou la Tunisie au dernier acte. Les amateurs ont dû regarder à deux fois  pour y croire. Dès le mois d’Août 2011, les joueuses y rêvaient. Alors, qu’au mois de novembre en devenant la première équipe qualifiée pour le dernier stade suite au forfait du Burundi, la qualification est devenue une hantise. Le message était clair : « Cette fois ou jamais » !  Le Maroc mieux classé, avec un jeu productif, se présentait et le Sénégal avait pour seul atout de n’avoir jamais plié l’échine. Malgré un effectif diminué par de nombreuses blessures, elles ont su forcer le destin pour se qualifier. Ainsi, elles se sont payées le droit d’exister au moins durant les 4 prochains mois de préparation.

Leadership

L’équipe nationale depuis ses débuts, c’est aussi l’histoire de 3 capitaines aux capacités de leadership exemplaires. La pionnière Aïcha Ndiaye a montré la voie avant que Seyni Ndir Seck ne prenne le relais jusqu’en 2010. Mamy Ndiaye actuelle détentrice du brassard les succède bien dans ce rôle de rassembleuse. La particularité est de voir à quel point elles restent toutes connectées à la sélection et œuvre dans le milieu. Aïcha dirige désormais une école de football dans sa ville natale de Ziguinchor et Seyni œuvre pour la promotion du football féminin au Sénégal via l’Association Ladies’ Turn qu’elle préside. Mamy Ndiaye quant à elle,  a déjà fait le choix d’être entraîneuse après sa carrière.  Leur combativité et dévouement ne peuvent que présager d’un meilleur avenir pour les autres générations.

Fidélité

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Cette qualification, le Sénégal la doit aussi au travail de l’entraîneur adjoint Assane Kara. En place depuis le début  de l’aventure, il  est qualifié de « fidèle collaborateur » par son compère Bassouaré Diaby.  «Il  vous met à l’aise et a toutes les compétences pour me remplacer valablement ». Le gardien du temple devrait à nouveau jouer son rôle en aidant les joueuses à rester humbles lors de Can où il faudra aller apprendre du haut niveau.

Gaëlle YOMI