Passion, défis, business, tels sont quelques-unes des motivations qui
animent les pratiquants sénégalais de rollers. Discipline en pleine
expansion, les difficultés sont nombreuses mais les alternatives ne manquent pas. Kotch vous plonge dans l’univers du patinage où Awa Narr Fall se distingue avec brio comme seule femme entraîneur.

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Généralement considéré comme un sport réservé aux pays  occidentaux, le roller ou patinage à roulettes connait une croissance fulgurante au Sénégal depuis le début des années 2000. Notre pays est ainsi passé  de 2 clubs en 2003 à 27 en 2011, avec près de 2000 pratiquants. Dans la capitale, cinq formations se taillent la part belle. Pour ce sport originaire des Etats-Unis, les noms de ces clubs sont vraiment en mode U.s. Entre freestyle roller, Fanatic roller, en passant par les Boys roller seuls les deux pionniers Accro roller et Maestro roller, sont un peu «frenchy».

Awa Narr : la première dame

Champion_rollerDans les locaux de la Piscine olympique de Dakar, des jeunes adeptes de
rollers se retrouvent tous les mercredis et samedis pour  des séances d’entraînements. Ici, la « boss » c’est Awa Narr Fall, présidente du Maestro Roller, qui est le deuxième club de rollers du Sénégal, créé par  la ville de Dakar en 2003.  Cette dame est la première et  seule femme coach de la discipline. Elle s’embarque dans cette aventure pour répondre à l’appel que lui lance la jeunesse. « Je suis tombé dans ce milieu par hasard lors de l’émission oscar des vacances 2003. Je pilotais des groupes de danse dont celui d’Oumou Sow et  Fardix avec Pape Moussa Sonkho.  Là, il y a des jeunes qui se sont approchés de moi pour solliciter mon aide, comme j’avais l’habitude de venir en aide aux enfants de la rue. Les patineurs m’ont  demandé d’être leur présidente d’honneur et leur coach afin qu’ils puissent progresser», raconte-t-elle. Son habilité dans le domaine de la chorégraphie va favoriser son adaptation. Elle s’y met immédiatement  et a désormais assez d’arguments pour défendre sa discipline très souvent cataloguée parmi les « sports à risques ». « C’est facile d’apprendre à rouler. Il n’y a pas besoin d’avoir peur car à la base on peut dire que tout sport est dangereux, avec les risques de blessures. L’avantage de notre sport est qu’il est complet comme la natation. Il te suffit de rouler en 2 ou 5 minutes et ton cœur s’ouvre. Le sang circule bien. Tu n’auras pas de problème de cœur, de rhumatisme ou de diabète», affirme-t-elle.

Un sport pour riches

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Malgré le nombre accru de patineurs, le roller est encore vu comme une
discipline réservée aux personnes aisées. Et pourtant, la plupart des
pratiquants ne viennent pas des quartiers huppés de Dakar. Il faut dire que
ce sport a su se rendre accessible grâce aux commerçants des marchés
populaires. «Une paire de rollers peut coûter 500.000Fcfa, mais en Afrique on n’a pas ces moyens. Nous nous rabattons sur des paires de seconde main dans les marchés aux prix de 20.000 ou 25.000 Fcfa. C’est un sport noble que nous avons rendu accessible à tous. Tout enfant a le droit de s’épanouir
», se réjouit notre interlocutrice.

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En plus des rollers, l’équipement est constitué de protèges genoux et du casque. Le matériel accessoire comprend les plots pour le salom, les barres de 3 et 4m pour le *high jump* (saut en hauteur). Le roller est un sport bien réglementé  qui interdit aux membres des clubs de s’agripper sur les véhicules dans la circulation. L’adhésion dans les clubs est organisée par le Cnpg (Comité national de promotion des sports de glisse). Les frais d’assurances et d’affiliations sont de 7500Fcfa et à cela s’ajoute les frais de fonctionnement des clubs  qui varient selon les formations. Ils sont de 3500 Fcfa par mois à Maestro Roller. Révélant avoir subi de nombreuses attaques dans le milieu, Awa Narr se félicite de détenir 4 titres de champion du Sénégal après 8 ans d’existence. «Les hommes me voyaient comme la personne à abattre et faisaient tout afin que je me retire au plus vite. Mais en sport, seul le travail paye, un tricheur ne peut pas réussir. Depuis 4 ans maestro est champion du Sénégal de roller en high jump (hauteur), de randonnée, marathon et  de figure du trio de filles», note-t-elle. En attendant que le Cnpg mette à jour toutes les règles conformément aux compétitions internationales, l’évènement majeur de l’agenda des clubs est le World Salom Serie. Compétition qui regroupe des pratiquants du continent sous l’initiative de Babacar Diagne, d’Accro roller.  Bénéficiant du soutien de la mairie de Dakar et du Conseil régional de la capitale, Awa Narr ne cache pas son ambition de valoriser plus son sport. « Nous attendons que la présidence nous appelle pour nous mettre au même niveau que les autres disciplines. En 2006, nous avions pu montrer ce que nous savons faire lors du défilé du 4 avril, le Chef de L’Etat de même que le président Lybien, Mouamar Khadafi nous avaient applaudis », se souvient-elle.


Marketing de choc

Avec 146 pensionnaires sous les bras, les difficultés financières sont le
lot quotidien de ce club et des autres. En manque de soutien, Maestro Roller a trouvé une alternative en proposant ses services pour le street marketing (marketing de rue). «Avant nous,  Accro roller pratiquait le street marketing. Présentement c’est notre meilleur crédo. Cela permet de toucher les cibles en communiquant plus rapidement  que les médias traditionnels. Il consiste à partager des flyer aux gens la rue, dans les véhicules mais aussi à faire les affichages. Nous sommes en contact direct avec les cibles», explique Awa. Avec l’argent de ces campagnes publicitaires, la scolarisation des pensionnaires est la priorité. « Ca nous aide énormément car, nous mettons les jeunes à l’école en statut de cas sociaux. Nous payons des formations en menuiseries, tôleries, mécaniques. Nous avons de nombreux diplômés», se félicite la présidente.

Brice Bassène : passionné des temps modernes
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Agé de 23ans, Brice Bassène tombe sous le charme du roller en regardant les films. Après l’obtention de son bac, le natif de Joal débarque à Cheikh Anta Diop où il aperçoit des jeunes en rollers sillonner fréquemment la capitale. Renseignement pris, il se lance dans le bain en 2008 sous le regard médusé de ses parents qui estimaient que «ce n’était plus de mon âge». D’ailleurs, c’est grâce à sa bourse qu’il va se procurer une paire de roller à 15.000Fcfa au marché colobane. Désormais, Brice pense avoir vécu sa passion et compte raccrocher en fin d’année pour intégrer l’armée. Toutefois, il reste connecté à son sport car il a fondé Maestro Roller de Joal grâce au soutien de Awa Narr. Sur son mètre 83 pour 63kg, il dit de cette dernière : « Elle a toujours répondu présente face à nos difficultés. C’est une dame de fer dans ce milieu à majorité dirigé par les hommes».

Adja Sadio Diop :  une affaire de gènes ?

DSC02046__2_ mère et fille (Awa Narr et Adja Sadio) 

Dans le milieu depuis 2007, Adja Diop qui ne pratiquait jusqu’à la aucun
sport, découvre le roller à 8ans. Elle doit tout de suite faire face aux
conseils de ses camarades de classes qui trouvent qu’en plus d’être
dangereux, le roller n’est un discipline pour filles. Mais la fille d’Awa
Narr entreprend de les inviter à une compétition. Au vu du spectacle,
plusieurs changent d’avis ou du moins respecte son choix. Si Adja dit
pratiquer ce sport  parce qu’il est bon pour la santé, elle a également une
soif de victoire cette saison. « Au début, je n’ai pas eu peur, même –si je
garde quelques petites cicatrices de mes chutes. Mon objectif est de
remporter le slalom africain de décembre. Je vais m’aligner en Crazy et en one food avant. Le but est de présenter le maximum de figures en  1 minute», nous confie-t-elle.

                                                                                   Gaëlle YOMI