Ses amis le rêvaient, ballon aux pieds… 

 

Capitaine de l'équipe du Sénégal de handball à 40 ans, Arouna Lô s'est retrouvé dans le monde de la petite sphère après avoir mis entre parenthèse ses talents de footballeur et de  basketteur.

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En cette période de fraîcheur, c’est un Arouna Lô, bien au chaud dans un pull-over en lin carrelé, qui nous a reçu à son domicile de Mermoz. Serrant sa petite fille de 2 mois dans les bras, l’actuel capitaine de l’équipe nationale masculine de handball démontre qu’il est bien habile de ses mains. Et pourtant, dès le bas âge on le prédestine à une grande carrière de footballeur au vu de son talent. L’excellent libéro des équipes de quartiers va devoir se rabattre sur une autre discipline puisque les entraînements de football coïncident avec les horaires de cours au collège.

«Je suis arrivée au handball par accident. Je me souviens que je m’étais présenté au Jaraaf de Dakar comme jeune footballeur mais, l’équipe des jeunes ne s’entraînait que le matin. Le matin j’étais en classe. Je suis allé au Duc et j’ai pu intégrer l’équipe de handball qui s’entraînait régulièrement tout les mercredi. Le mercredi après-midi je n’avais pas cours», dit-il en se remémorant ses 15 ans.

Même lors de sa venue au Duc, le jeune homme avait d’abord jeté son dévolu sur la balle orange. C’est à l’issu d’un clash avec son entraîneur qu’il tombe sur le terrain de la petite sphère. «Le mercredi, on se donnait rendez-vous au niveau de l’université au Pavillon A. on jouait à cache cache dans les couloirs et à un moment donné les étudiants nous ont chassé. Nous sommes arrivé au terrain de basket et nous avons commencé à jouer au basket sous les ordres de Victor Odonou. J’avais commencé le basket avec d’autre jeune du quartier qui ont pu jouer en équipe nationale de Basket comme Malick Ndiaye où Fadel Seck. Puis il y a eu coup de gueule avec l’entraîneur. Je suis allé voir ce qui se passait sur le terrain arrière, c’était le handball».

Aujourd'hui capitaine à l'âge de 40 ans, de l'eau à couler sous les ponts depuis sa première sélection. «En 1989, je passe du Duc au Jaraaf. Je deviens capitaine d’équipe, on réalise le doublé Coupe –Championnat en hommes et Dames (en 91, 92 , 93). En 1994, je reviens au Duc, pour évoluer avec les amis et ce fut l’année de ma première sélection. J’étais jeune et on préparait les championnats d’Afrique en Tunisie. J’allais en équipe première sans aucune certitude de jouer. J’ai été sélectionné parmi les 16 puis les 12 sur la feuille de match, pour au finish démarrer le match. L’on jouait contre le Congo, j’avais une certaine peur. Mais dès la première balle je me suis libéré. J'ai ouvert le score même-ci nous nous sommes inclinés de 2 points».

 

L'envie d'arrêter

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Répondant au nom de Arouna Moustapha Lô à l'état civil, le capitaine de l'U.s Gorée a pourtant faillit ne plus porter les couleurs insulaires en 1998. La faute au président du club de l'époque qui lui avait reproché d'avoir perdu la dernière balle du titre face au Jaraaf. Celui qui avait déjà reçu la reconnaissance de ses paires en remportant le «Lion d’or» du meilleur handballeur en 1995, revient sur sa décision grâce aux conseils inspirés du nouveau patron des lieux.

«J’avais décidé de ne plus jouer pour Gorée car les reproches venaient d’un président, ancien joueur de surcroît. Heureusement que le nouveau président a réussi à trouver les mots pour me faire revenir sur ma décision», renseigne-t-il.

Après leur récente victoire au tournoi de la zone 2, l'envie d'arrêter est plus que présente. «Présentement je ne me vois plus d’ambition avec la sélection. A 40 ans, disputer le tournoi de la Zone 2 comme capitaine d’équipe c’est énorme. Je pense qu’il est temps de laisser la place aux jeunes», avance Arouna du haut de son mètre 88. Même si, le père de deux petites filles, estiment que cette décision ne lui appartient pas. «En sport tu ne peux pas dire que tu raccroches. C’est aux gens de le faire. Si on m’appelle, je suis obligé d’y aller pour apprendre à ces jeunes ce que je sais. Je ne me vois pas aller plus loin que la Zone 2. Mais si vraiment j’ai la force physique et que les gens on encore confiance en moi pourquoi pas?». 

Marié à une handballeuse, le monsieur de 78 kg, doit vivre avec les reproches des amis qui le voyaient balle aux pieds. Les propositions pour poursuivre une carrière internationale n'ont pas abouti vu que les parents voulaient des garantis. «Il ne fallait pas que je voyage juste pour voyager. Je ne suis pas pro, mais j’ai toujours vécu comme tel. Je ne suis pas couche tard, je ne fume pas. Je suis plus ou moins réglo», confie-t-il. La suspension du Sénégal des compétitions internationales durant 4 ans a selon le capitaine des «Lions» «coupé l’élan de certains jeunes qui rêvaient de Coupe d’Afrique. En absence de sélection il y a moins d’engouement».

 

Le Libraire du coin

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Avec à son actif plus de vingt titres nationaux (Champion du Sénégal, Coupe du Sénégal), le demi-centre de la «Tanière» est également libraire. Comme pour le handball, il débarque dans cette profession par hasard. «J’ai une formation en technique de vente commerciale. Mon nouveau président de Gorée m’a permis de faire des stages dans sa librairie et par la suite j’ai été enrôlé dans cette structure».

Ayant en horreur l'hypocrisie, le handballeur souhaite ardemment que «les autorités se rapproche de la discipline. La fédération doit être soudé pour les Jeux Africains et les Championnats d’Afrique. Il faut travailler sur le projet de jeu laissé par le nouveau sélectionneur Franck Bulleux». Fin mélomane, Arouna Lô affectionne la musique Folk et acoustique. Il lance un appel aux médias pour promouvoir le Handball. «J’espère que la dynamique de groupe du tournoi de la Zone 2, va pousser les autres jeunes à vouloir venir gagner pour le Sénégal. Si on fait la préparation qu’il faut le résultat suivra».

Le football occupe quand même, une grande place dans son cœur et pour sa régularité, Claude Makélé est son sportif préféré.

Gaëlle YOMI